Forum international de Fraternité Matin et du GEPPAO Sur l’avenir de la zone CFA dans la ZLECA : Pr. Bamba N’GALADJO : « L’ECO ne sera pas un F.CFA déguisé »

Pr Bamba N’Galadjo, ancien commissaire de la CEDEAO et Conseiller technique, représentant le ministre de l’Economie et des Finances, Adama Coulibaly ; Pr Clément Kouakou, enseignant-chercheur à l’Université Félix Houphouët-Boigny (FHB) d’Abidjan, Directeur du CREMIDE et modérateur ; Pr Tchétché N’Guessan, agrégé des universités en Sciences économiques, Directeur honoraire du CIRES de l’Université FHB d’Abidjan ; Pr Séraphin Yao Prao, enseignant-chercheur à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké ; M. Martial Ze Bélinga, enseignant et chercheur indépendant ; et M. Edoh Kossi Amenounvé, Directeur général de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), étaient tous réunis ce vendredi 20 décembre 2019 à la salle de conférence du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC) pour débattre sur un sujet au cœur d’une brulante actualité « la ZLECA et les questions monétaires et financières. Quel avenir pour la Zone Franc CFA ? » Un panel qui s’inscrit dans le cadre du Forum international organisé par le Groupe Fraternité Matin et le Groupement des éditeurs de presse publique (GPPAO) à l’occasion de la célébration des 55 ans d’existence du groupe de presse gouvernemental. Ce panel était sans doute le plus attendu, vu la qualité des intervenants et la mobilisation des acteurs du monde universitaire.

Prononçant la conférence inaugurale dudit panel au nom de monsieur le Ministre de l’Economie et des Finances, Pr Bamba N’Galadjo a démontré que la ZLECA est en fait le début d’un processus d’intégration économique des pays africains qui doit franchir plusieurs étapes avant de parvenir à une monnaie pour faciliter les échanges. Il a, ainsi, relevé qu’après cette étape de zone de libre-échange, il s’agira de mettre en place une union douanière, comme cela se fait au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Le processus d’intégration, a-t-il ajouté, devrait se poursuivre pour aller à une troisième étape qui est de constituer un marché commun. A en croire le Pr N’Galadjo, c’est seulement après cette phase que la question d’une monnaie unique est généralement recommandée.

« Comment lier la monnaie à la problématique de la ZLECA ? Pour moi, la monnaie est à l’économie ce que le sang est au corps humain. Sa quantité et sa qualité sont très importantes. (…) Mais c’est au niveau de sa qualité qu’il y a beaucoup de problèmes. En général, les économistes disent que l’une des qualités essentielles d’une monnaie, c’est que c’est une grande unité de compte qui doit être stable. (…)

Deuxièmement, pour qu’une monnaie joue correctement son rôle économique, elle doit être acceptée dans les échanges, elle doit avoir de la valeur. (…) Le troisième point est relatif à la variabilité de cette monnaie, c’est-à-dire qu‘elle doit pouvoir permettre d’acheter la même quantité de marchandises sur le temps », a-t-il ensuite développé, tout en faisant remarquer que le débat sur l’Euro a montré qu’il n’y a pas d’unanimité sur les critères de convergence pour la mise en place d’une monnaie.

Le Pr N’Galadjo a, par ailleurs, soutenu que la mise sur pied de la monnaie sous-régionale en gestation ECO relève beaucoup plus de la volonté des décideurs politiques que des techniciens. « De ce que je sais sur la question de l’ECO, je ne pense pas que ce sera un franc CFA déguisé », a-t-il assuré.

Pour le Directeur général de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), Edoh Kossi Amenounvé, l’enjeu est d’avoir un système bancaire intégré, avant d’arriver à la monnaie unique.

« Nous avons fondamentalement besoin d’une transformation économique », a déclaré, pour sa part, l’enseignant chercheur indépendant Martial Ze Bélinga.

Quant au Pr Séraphin Yao Prao, enseignant-chercheur à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké, il a déploré que les pays utilisant le FCFA déposent leurs réserves d’échanges au trésor français.

Si, enfin, le Pr Tchétché N’Guessan a souligné que les pays africains doivent faire en sorte d’avoir une souveraineté monétaire collégiale, le modérateur Pr Clément Kouakou, a noté qu’un tel débat, ne pouvant être épuisé pendant le panel, pourra se poursuivre partout ailleurs.

Ouvert le jeudi 19 décembre, le Forum de Fraternité Matin prend fin le vendredi 20 décembre 2019.

SOURCE : SERCOM MEF